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« A chaque toile
de Jacques Pouchain me vient une interrogation
claire sur ce qui a précédé,
sur cette aube de nous-mêmes au-dessus
du néant dont parle Cézanne.
Sur ce qui va poindre, qui nest plus
labsence et pas encore la maîtrise.
Sur limmobilité féconde
qui précède le geste.
Comment en serait-il autrement puisque cette
peinture elle-même est tout entière
attente, promesse, à limage de
ce moment pré-inaugural que lon
voudrait saisir dans son exactitude.
Ce sont les aurores que nous offre Pouchain,
des éclosions lentes que traduisent
ces horizons bousculés parfois, hissés
par une force à laquelle rien ne résiste.
Que disent aussi ces fenêtres, ces affûts,
ces failles, ces déchirures qui emmènent
le regard vers une lumière vaste.
Du signe au rythme il y a ces formes natives
qui interpellent, nous invitent à parier
pour du sens. Terres en feu, précipices,
cadastres rouges, apparitions à peine,
les noirs sont des bleus, la chute est ascension,
le sommet veille.
Sous la couleur, une autre couleur que lon
devine, que lon suppose. Présence
dune épaisseur chargée
dhistoire, effleurements, tumulte qui
invente un équilibre nouveau, inattendu.
Quelque chose séveille dans le
vis-à-vis sensible de la toile, quelque
chose qui nous convie à lessentiel,
au centre, à cette part de nous qui
vibre de possibles, à la limite du dire,
du chant, de lexplosion.
Les formes en terre participent de la même
aventure, de la même genèse. Certes
elles sont volumes mais leur face est peinture,
aboutissement provisoire dune quête
vitale à la recherche de toutes les
sources.
Ce monde mest cher : en lui je me sens
naître, en lui se nouent les eaux toujours
neuves dun regard sur des terrrioires
que fortifie le passage. »
Jacques Imbert
Ancien Directeur des Affaires Culturelles du
Languedoc-Roussillon
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